
Le Christ Pantocrator de Panagia Kapnikarea, qui se dresse sur le jubé, appartient à la rénovation intérieure de l'église au XXe siècle, associée à Fotis Kontoglou et son atelier, et non à la structure d'origine du XIe siècle. Cette distinction est importante. Kapnikarea elle-même, construite peu après le milieu du XIe siècle et agrandie ultérieurement par l'ajout d'un exonarthex et de la chapelle nord dédiée à Sainte-Barbe, est une église byzantine du Moyen Âge. Elle a échappé à des projets de démolition à Athènes au XIXe siècle et, après avoir été placée sous la tutelle de l'Université nationale et capodistrienne d'Athènes, a bénéficié d'un nouveau programme de peinture religieuse au XXe siècle. Kontoglou a commencé la décoration monumentale en 1942 ; les sources institutionnelles attestent de son travail jusqu'au début des années 1950, la campagne de décoration plus vaste étant achevée avec des assistants en 1955.
Cette chronologie évite toute confusion entre monument et image. L'église porte l'empreinte d'un édifice du XIe siècle, mais le Christ peint s'inscrit dans une démarche moderne visant à restaurer un langage visuel jugé approprié à un intérieur orthodoxe. Kontoglou joua un rôle central dans cette démarche en Grèce. La peinture byzantine et post-byzantine lui fournit un système pictural rigoureux : figures frontales, contours marqués, profondeur contenue, gestuelle hiératique, couleurs maîtrisées. À Kapnikarea, ces principes s'intègrent à une structure médiévale préservée, instaurant un dialogue avec son architecture sans prétendre reproduire un programme décoratif médiéval disparu.

Le Christ Pantocrator à Panagia Kapnikarea : Iconographie et style
Dans ce programme plus récent, le Christ apparaît en pied et de face, inscrit dans un champ voûté et encadré par le marbre pâle sculpté du jubé. La composition est résolument axiale. Une auréole cruciforme dorée, divisée par des bandes rouges et ponctuée de petits motifs blancs, place la tête au centre du regard, tandis que l'abréviation IC XC figure de part et d'autre sur le fond sombre. Le Christ lève la main droite en signe de bénédiction. Sa main gauche soutient l'Évangile ouvert. Une tunique rose pâle, rehaussée de bandes ocre-or, est en grande partie recouverte d'un manteau bleu foncé dont les larges plis descendent presque sans interruption jusqu'au bas du corps. La palette sobre, le fond sombre et la silhouette imposante et fermée confèrent à l'image une monumentalité austère et sereine.
L'encadrement en marbre modifie la perception du silence. Ses entrelacs sculptés, ses ornements ajourés et ses chapiteaux compacts créent une surface animée à côté de la figure sereine. Le corps peint et l'encadrement sculpté fonctionnent ainsi à des rythmes différents : l'un ample et vertical ; l'autre complexe, répétitif, presque dentelé. L'image occupant une zone centrale du jubé, sa fonction est à la fois spatiale et iconographique. Elle fait face à la nef et participe à la transition visuelle entre l'assemblée et le sanctuaire ; le regard frontal, la main bénissante, le texte ouvert deviennent les éléments d'une même prière.
À y regarder de plus près, la méthode picturale apparaît nettement. Le visage est allongé, le nez long et fin, les yeux grands et en amande, soulignés par des sourcils marqués. Le modelé ne recherche pas de transitions naturalistes et harmonieuses. Les tons chair, brun olive et ocre, sont rehaussés de pâles touches de lumière linéaire sur le front, les joues, le cou et les doigts, tandis que les cheveux et la barbe sont figurés par des traits sombres répétés. L'art de Kontoglou dans les années 1950 s'inspire souvent délibérément des modèles crétois et post-byzantins, privilégiant des contours nets, des couleurs sobres et une expression faciale intense. La main subit le même traitement linéaire : les longs doigts, soigneusement écartés, se distinguent par le contour et la lumière, plutôt que par de douces transitions volumétriques. L'étude de la National Gallery et les écrits de Kontoglou réunis dans *Byzantine Sacred Art* apportent un éclairage précieux sur l'œuvre.
L'Évangile ouvert n'est pas un simple accessoire. Son inscription grecque commence par « Ἐγώ εἰμι τὸ φῶς τοῦ κόσμου » (Jean 8,12) et se poursuit par ce verset : celui qui suit le Christ ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. Les caractères, grands et noirs, présentent un rythme irrégulier sur les pages claires, tout en restant délibérément lisibles au sein de la composition. Image et texte interagissent ainsi de concert. La main bénissante établit l'adresse du personnage ; le livre donne forme à cette adresse. Le contraste entre le manteau sombre et les pages claires fait même de l'écriture l'une des surfaces les plus vivantes de l'ensemble de l'image.
Considérée dans son ensemble, la représentation met délibérément en contact deux chronologies : l’architecture du XIe siècle de Kapnikarea et la renaissance, au XXe siècle, du langage pictural byzantin. L’intervention de Kontoglou ne relève pas d’une reconstitution archéologique d’une peinture médiévale disparue. Elle s’inscrit dans l’art ecclésiastique grec moderne, fruit de l’étude et de la réactivation sélective de modèles byzantins et post-byzantins. De petites abrasions et des manques visibles dans la partie inférieure de la figure ajoutent une nouvelle dimension à cette histoire. Au-dessus, les plis sombres se prolongent presque jusqu’au sol ; plus haut encore, sur le fond gris-bleu, l’Évangile, ouvert dans la main gauche du Christ, demeure l’élément le plus distinct de la composition.
(La traduction a été révisée par E. Wilson.)
